Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Entretien

« Les chrétiens du Moyen-Orient pourraient disparaître dans une dizaine d’années, même du Liban »

L’évêque syriaque-orthodoxe du Mont-Liban et de Tripoli, George Saliba, estime que « les chrétiens disparaîtront inévitablement du Moyen-Orient, même du Liban ».

Mgr George Saliba, evêque syriaque-orthodoxe du Mont-Liban et de Tripoli.

Georges Saliba, évêque syriaque-orthodoxe du Mont-Liban et de Tripoli, n’est pas optimiste concernant l’avenir des chrétiens du Moyen-Orient. « Si la situation reste telle qu’elle est actuellement, les chrétiens du Moyen-Orient disparaîtront dans une dizaine d’années, même du Liban », dit-il dans un entretien à L’Orient-Le Jour. 

Le prélat, pourtant, n’est pas un pessimiste. C’est un homme tenace qui a la force et la foi. Originaire de Syrie, appartenant à une communauté victime de massacres et de déplacements, il est plus conscient que d’autres de la fragilité des chrétiens du Moyen-Orient. « 70 % des chrétiens de Syrie ont quitté leur pays depuis le début de la guerre en 2011. Le pays comptait plus de deux millions de chrétiens, toutes communautés confondues. Ils habitaient principalement Alep, Damas, Wadi el-Nassara et Hassaka (région connue sous le mandat français par al-Jazira, et qui regroupait une kyrielle de minorités). 85 % des chrétiens d’Irak, qui étaient environ un million et demi en 2003 à la chute de Saddam Hussein, ne vivent plus dans leur pays. Leur exode s’est accéléré avec l’arrivée du groupe État islamique en 2014. Ils étaient originaires de Bagdad, de Mossoul, de la plaine de Ninive, de Zakho et de Dohuk », explique-t-il.

Ces chrétiens déplacés du Moyen-Orient se sont établis notamment au Canada, en Australie et en Europe dans des pays comme l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas et la Belgique. « Les chrétiens qui ont quitté la région ne reviendront plus chez jamais dans leur pays natal. Ils se regrouperont auprès de leurs églises, et leurs enfants perdront petit à petit leur appartenance au Moyen-Orient. Il y a 1 400 ans, nous avions perdu l’usage de notre langue araméenne à cause des conquêtes musulmanes. Aujourd’hui, à cause du fondamentalisme musulman, nous finirons par perdre la langue arabe que nous avons maîtrisée à merveille », s’insurge Mgr Saliba, un érudit qui connaît par cœur des milliers de poèmes dans les langues araméenne et arabe. 

« Au Liban, de nombreux chrétiens de la communauté syriaque, qui compte actuellement 80 000 âmes, sont partis avec le début de la guerre civile en 1975. La plupart d’entre eux, des descendants des rescapés des massacres de Seifo en 1916 sous l’Empire ottoman, ne détenaient pas la nationalité libanaise. C’est l’une des raisons qui les a poussés à partir », poursuit-il. 


(Lire aussi : L’éreintant chemin de croix des chrétiens de Bagdad)


« L’avenir appartient à l’islam » 

Pour la majorité des chrétiens d’Orient, le Liban, avec son président maronite, son administration mixte, sa liberté de culte et son pluralisme, reste le pays idéal, dont ils rêvent en tant que refuge. 

« Le seul chef d’État libanais qui avait saisi l’importance du Liban pour les chrétiens d’Orient était Camille Chamoun. Il avait œuvré concrètement lors de son mandat (1952-1958) à faire du Liban un pays refuge pour tous les chrétiens d’Orient. Depuis, personne n’a vraiment été sensible au dossier des chrétiens de Turquie, de Palestine, de Syrie, d’Irak et de Jordanie », note-t-il. Camille Chamoun avait aidé de nombreux chrétiens de la région établis au Liban à avoir accès à la nationalité libanaise, sachant que cette nationalité ne s’acquiert pas par le droit du sol mais par le droit du sang. Mgr Saliba déclare en réponse à une question : « Il faut voir les choses en face, il est nécessaire que les dirigeants politiques chrétiens libanais se réveillent, estiment véritablement le danger et qu’ils agissent en conséquence. Mais vu la façon dont les choses se présentent, je ne suis pas du tout optimiste sur ce plan. »


(Lire aussi : Quand seul un cimetière relie encore les réfugiés chrétiens à leur village natal)


« Les Syriaques (comme les Arméniens, les Assyriens et les Grecs de Constantinople) sont des descendants de rescapés de massacres. Oui, il nous reste de nombreuses églises en Turquie, que ce soit à Tour Abdine, à Diarbakir, à Ourfa ou à Mardine… Oui, elles sont belles et vieilles et témoignent de l’ancienne appartenance chrétienne de la région. Mais à quoi servent-elles si elles sont vides et fermées, s’il n’y a plus de paroissiens ? » martèle l’évêque syriaque-orthodoxe, avant de poursuivre : « Ils disent que la superficie du Liban est de 10 452 km². À quoi servira-t-elle si ce pays se vide de ses chrétiens ? » 

Pour Mgr Saliba, un homme ouvert et tolérant et dont la porte est ouverte à tous, « l’avenir appartient à l’islam ». « Regardez ce qui se passe actuellement en Europe. L’Occident est athée, avec les changements démographiques et le déplacement des populations qui s’opèrent aujourd’hui, il finira par s’islamiser. Cette islamisation ne touchera pas uniquement le Moyen-Orient d’où les chrétiens auront disparu, mais toute l’Europe qui deviendra non seulement athée mais musulmane aussi », souligne-t-il en conclusion.




Lire aussi

Le musée de Bagdad a récupéré près du tiers de ses objets pillés

Finalement, Bagdad a su préserver une bonne partie de son âme...

Georges Saliba, évêque syriaque-orthodoxe du Mont-Liban et de Tripoli, n’est pas optimiste concernant l’avenir des chrétiens du Moyen-Orient. « Si la situation reste telle qu’elle est actuellement, les chrétiens du Moyen-Orient disparaîtront dans une dizaine d’années, même du Liban », dit-il dans un entretien à L’Orient-Le Jour. Le prélat, pourtant, n’est pas un...
commentaires (16)

Et pourquoi pas tous devenir athée?

Vezina Jean-Francois

19 h 22, le 17 avril 2018

Tous les commentaires

Commentaires (16)

  • Et pourquoi pas tous devenir athée?

    Vezina Jean-Francois

    19 h 22, le 17 avril 2018

  • Le Liban comptait 60% de chrétien à l'indépendance... 50 ans après on nous disait (les plus optimistes) ils représentent péniblement 40% ... De la population. Devant l'évidence on est obligé de penser, qu'il y a les faits, et ce que l'on aimerait... Espérons une globalisation (synthèse des cultures) culturelle mondiale seule garantie d'un rapprochement des peuples, pour une terre pacifique. L'identité est belle et noble, la religion est amour .. Mais dans les faits ? Qui crois encore au rapprochement des pelés par la religion et l'enfermement identitaire ? Pour certains la religion est au centre des conquêtes politiques et coloniales. Espérons tout de même.

    Sarkis Serge Tateossian

    10 h 26, le 17 avril 2018

  • Monseigneur. Avec tout le respect dû à votre position, permettez moi de n'être pas du tout d'accord avec vous en ce qui concerne Le Liban. Tant que BKERKE existe, il n'y a même pas l'ombre d'un risque pour que les Chrétiens disparaissent du Liban. Cette terre nous appartient et nous la partageons harmonieusement avec toutes les autres confessions et communautés pacifiques. Personne n'a pu et personne ne pourra chasser les Chrétiens de leurs terres.

    Lecteur excédé par la censure

    23 h 57, le 16 avril 2018

  • les chretiens du levant seront la jusqu a la fin des temps. le prelat tombe dans un nihilisme depressif, son prognostic est faux .

    Mikael Hiram Abdelnoor

    19 h 37, le 16 avril 2018

  • Une espèce en voie de disparition; sera-elle classée par l'ONU une espèce protégée.

    DAMMOUS Hanna

    19 h 33, le 16 avril 2018

  • Voilà enfin un homme qui parle de manière raisonnable et presque méthodique. J'ai envie de dire "et alors?" Le cas des chrétiens d'orient n'est pas isolé de celui de nombreux groupes ethniques et religieux (voire linguistiques) qui ont évolué/bougé/migré. je pense qu'il faut arrêter de traiter les chrétiens d'orient comme une espèce à part. Les victimes des massacres en Syrie et en Irak sont dans leur majorité des musulmans. Il faut qu'on arrête de stigmatiser un groupe en particulier. Et puis, il faut le dire, pour les chrétiens du Liban les coups les plus dévastateurs pour cette communauté ont été portés par les chrétiens eux-mêmes. r

    roland

    15 h 58, le 16 avril 2018

  • Le Sionisme et l'Occident a autant fait pour éradiquer les Chrétiens d'Orient en 70 ans que l'Islam en avait en mille ans... à méditer.

    Jean abou Fayez

    14 h 40, le 16 avril 2018

  • Avoir la foi en Dieu ne doit pas empêcher le dire vrai, c'est en regardant les choses en face, et en se remettent en question qu'on pourra faire évoluer les mauvaises trajectoires. Notre belle patrie, (malgré nos exigences legitimes)

    Sarkis Serge Tateossian

    13 h 56, le 16 avril 2018

  • LE CHRISTIANISME PREVALERA EN EUROPE ET JAMAIS LES PAYS EUROPEENS CHRETIENS N,EMBRASSERONT L,ISLAM ! PAR CONTRE LES PROCHAINES GUERRES DESTRUCTRICES SERONT DES GUERRES SUNNITO/CHIITES INTER-ISLAMIQUES !

    LA LIBRE EXPRESSION

    13 h 01, le 16 avril 2018

  • Il est triste de voir un prélat ne pas avoir foi en Dieu au point de baisser les bras! Pas grave, nous prierons pour lui autant que pour les autres, et nous le rassurons que tant que les FL et les Kataeb existeront, les Chrétiens du Liban et tous les autres sont en sécurité. Qu'il sache alors diriger le vote de ses ouailles pour assurer leur pérennité dans le pays.

    Pierre Hadjigeorgiou

    11 h 43, le 16 avril 2018

  • Mgr Saliba, est tout à fait objectif . Les chrétiens au Liban se concentrent de plus en plus dans des mini ghettos et ne sont plus répartis dans cette mosaïque libanaise des régions . La communauté musulmane qui encourage la polygamie finira par gagner sur le terrain ce qui n’est pas le cas des communautés chrétiennes qui se marient une fois et n’ont qu’ un ou deux enfants au maximum .

    Antoine Sabbagha

    11 h 35, le 16 avril 2018

  • Helas....oui. Toutefois c'est sans compter avec les variables et inconnues de cette équation. Tout peut arriver.

    Massabki Alice

    11 h 01, le 16 avril 2018

  • Thèse aberrante, pour l'Europe, du grand remplacement...

    Beauchard Jacques

    10 h 55, le 16 avril 2018

  • C,EST MALHEUREUX... SURTOUT QUE TOUS LES CHRETIENS LIBANAIS SONT DIVISES ET NON UNIS COMME LES AUTRES COMMUNAUTES DU PAYS !

    LA LIBRE EXPRESSION

    10 h 52, le 16 avril 2018

  • Un constat particulierement lucide, réaliste, sans langue de bois. Un constat vrai pour l'orient mais aussi pour l'occident. Prenez la France comme exemple, pour 5 millions de musulmans contre 60 millions de chretiens ... Il y a 15000 de prêtres et leur nombre baisse de 650 chaque année à cause des 700 décès annuel. Chez les 5 millions musulmans (chiffre officiel) il est recensé 10000 imams dont 2500 ne sont pas francophones. Des chiffres qui parlent d'eux meme.

    Sarkis Serge Tateossian

    09 h 26, le 16 avril 2018

  • Il a peut-être raison pour le danger de disparition des chrétiens de la région... Mais de là à penser qu’il y aurait islamisation de l’Occident, tout simplement parce qu’il est athée, il n’a rien compris de ce qui se passe dans le monde! Oui, les sociétés qui se respectent vont accepter une liberté de culte relative tant que la vie sociale et politique ne sont pas influencées par le religieux, mais de la même manière qu’ils se sont débarrassés des excès de la religion chrétienne, ils ne permettront jamais l’installation d’un fondamentalisme islamiste dans ces sociétés laïques... En fait, ça commence déjà avec la montée des nationalismes d’extrême-droite, et un conflit de civilisations reste à venir, mais sous quelle forme? Que Dieu nous en préserve!

    Saliba Nouhad

    02 h 22, le 16 avril 2018

Retour en haut